Le 17 janvier, le Père Werenfried van Straaten aurait fêté son 100ème anniversaire
(Par Eva-Maria Kolmann)

À vrai dire, le Père Werenfried van Straaten, fondateur de l’Œuvre internationale catholique de bienfaisance « Aide à l’Église en Détresse », aurait aimé vivre son 100ème anniversaire. Il faisait de nombreux projets jusqu’à un âge avancé, et voulait même encore apprendre le russe. Ces souhaits n’ont pas pu se réaliser : il est mort deux semaines après son 90ème anniversaire, le 31 janvier 2003. Cependant, en ce 100ème anniversaire de sa naissance, l’œuvre de sa vie est plus actuelle que jamais.

 

Le Père Werenfried a amené d’anciens ennemis mortels à s’entraider et à prier les uns pour les autres. Pour cela, il a été nominé pour le prix Nobel de la paix. En prédicateur grandiloquent, il a fait « se pâmer d’amour » d’innombrables personnes, si bien qu’elles lui confiaient spontanément de l’argent, des voitures ou des bijoux pour les pauvres. C’est lui qui a « découvert » Mère Teresa de Calcutta au début des années 1960, alors qu’elle n’était pas encore connue internationalement, il a été le confident de quatre papes et un ami intime du Pape Jean-Paul II. En pionnier imaginatif, il ne manquait jamais d’idées créatives quand il s’agissait de « sécher les larmes de Dieu ». Il fut le créateur de solutions originales pour la pastorale, comme les chapelles roulantes et les églises flottantes. Il avait de l’humour et aimait les gens. Et en fait, son Œuvre de bienfaisance « Aide à l’Église en Détresse » (anciennement « Aide aux prêtres de l’est »), qui débuta à Noël 1947, n’a fait que « lui arriver ».

 

« Il promettait ce qu’il n’avait pas, et Dieu le lui donnait » peut-on lire sur les photos souvenir du défunt. Il n’agissait jamais selon la logique des conseillers en gestion, banquiers ou économistes, mais son succès reposait uniquement sur son immense confiance en Dieu. Il voyait une détresse et voulait la soulager. Il promettait souvent de fortes aides sans avoir encore l’argent. Dieu l’aidait toujours à tenir ses audacieuses promesses.

 

Avec un simple chapeau noir qui devait entrer dans l’histoire en tant que « chapeau à millions », il a récolté 3 milliards de dollars au cours de sa longue vie. Il touchait les cœurs par ses paroles enflammées. Même devenu vieux, il continuait encore de tendre son chapeau, alors qu’il était déjà trop faible pour prêcher et devait rester assis dans un fauteuil roulant. De nos jours, de nombreux bienfaiteurs de « l’Aide à l’Église en Détresse » ont encore en tête le chapeau à millions quand ils envoient des dons à l’œuvre de bienfaisance. Même les trous que présentait à la fin le très vieux chapeau ont stimulé la créativité du religieux infatigable, car ils lui permettaient de faire remarquer avec un clin d’œil qu’il serait préférable de donner des billets parce que les pièces de monnaie passeraient à travers.

 

Mais quel était le secret du Père Werenfried ? Il était lui-même mu par ce qu’il avait vu de ses propres yeux, et ne pouvait pas se taire à ce sujet. Lors de ses nombreux voyages, la carte de la misère s’était imprimée dans son âme en la brûlant. Il hurlait que le Christ était encore crucifié de nos jours. Que le Golgotha ne faisait pas partie du passé. Pour le Père Werenfried, la détresse avait toujours un visage et un nom. Elle n’était jamais lointaine ni abstraite, elle ne représentait pas une simple ligne dans des statistiques. Ce prêtre néerlandais prémontré décrivait toujours son œuvre de bienfaisance comme une « école de l’amour ».

 

Le Père Werenfried n’était pas avant tout un collecteur de fonds. C’était un témoin oculaire rempli de compassion et de respect. Garder la mémoire de ceux qui sont persécutés à cause de leur foi et être leur voix étaient pour lui une « dette d’honneur ». Il croyait très profondément à l’œuvre de la puissance de Dieu dans les personnes vulnérables. Il l’avait appris dans son propre corps, car malgré son imposante apparence physique, il avait toujours été d’une santé délicate. Dans sa jeunesse, il semblait même être trop faible pour le service ordinaire de la paroisse. Mais le nom de « Werenfried », qu’il reçut lors de ses vœux religieux, et qui signifie le « combattant pour la paix » devait être le programme des nombreuses décennies de son action. Dans ses meilleurs moments, il faisait en moyenne soixante-dix sermons par mois.

 

Le Père Werenfried était un prophète qui discerna les signes des temps. Après la fin de la seconde guerre mondiale, il comprit qu’une nouvelle catastrophe allait s’abattre sur l’Europe si l’on ne parvenait pas à vaincre la haine dans les cœurs des gens. C’est ainsi que son initiative consistant à récolter aux Pays-Bas et en Belgique de la nourriture, des vêtements et d’autres biens de première nécessité pour la population allemande en détresse ne fut pas une action purement humanitaire, mais une contribution majeure à l’entente entre les peuples et à la réconciliation. En 2002, Romano Prodi, qui était alors Président de la Commission européenne, le qualifia d’« ange de la paix » pour l’Europe.

 

C’est de cette initiative de charité active à l’égard des « ennemis d’hier » qu’est née une œuvre de bienfaisance qui en quelques années allait intervenir dans le monde entier. Dans ce contexte, le Père Werenfried était souvent très en avance sur son temps. Il avait prédit dès les années 1960 que le communisme s’effondrerait en Europe de l’est : « Les grands portraits des Goliaths modernes qui, du haut de tous les Kremlins, regardent la foule avec mépris seront éparpillés, et leurs os tomberont en poussière. Les portraits feront place aux icônes et pour les siècles des siècles se vérifiera ce que, le jour de Pâques, l’Église met dans la bouche du Christ et de nous tous : Je suis ressuscité et je suis encore avec vous, alléluia. Vous me conduisez comme par la main, alléluia. La science que vous avez de tout est merveilleuse, alléluia, alléluia. »

 

L’histoire lui a donné raison, et le 13 octobre 1992, il pria le Rosaire en public à Moscou, sur la place rouge, devant le mausolée de Lénine. Après l’effondrement du communisme, il considéra comme son « ultime et plus grande joie » de pouvoir tendre une main secourable à l’Église sœur orthodoxe de Russie, à la demande du Pape Jean-Paul II, pour « restaurer l’amour ». Ici aussi, il fut un pionnier – ainsi qu’un infatigable exhortateur contre la perte de la foi et des valeurs de notre époque.

 

Par ses prises de position claires et nettes, il ne se faisait pas que des amis. Tout au long de sa vie, il s’est senti l’obligé de la vérité ; il n’était pas disposé à des compromis paresseux. Dans tout ce qu’il faisait, il se comprenait avant tout comme prêtre, n’ayant d’obligation qu’à l’égard du Christ et des âmes de ceux qui lui étaient confiés. Il était plus disposé à affronter d’inconfortables vérités, et à perdre de ce fait des donateurs, qu’à dissimuler la vérité. Même dix ans après sa mort, le message du « géant de la charité », dont nous célébrons le 100ème anniversaire le 17 janvier, est plus actuel que jamais. Son œuvre a trouvé un écho d’amour dans des millions de cœurs.