Zimbabwe: Héros clandestins

Le Zimbabwe détient un triste record : un enfant sur quatre a perdu ses parents – le plus souvent en raison du sida. Toutes les quatre minutes, un autre enfant perd son père ou sa mère et vient s’ajouter au triste chiffre des deux millions d’orphelins du sida.

Plus de cent mille d’entre eux n’ont pas de personne adulte pour s’occuper d’eux. Les enfants plus âgés s’occupent de leurs petits frères et sœurs et tiennent tout seuls la maison avec tous les soucis et obligations qui en résultent.

Les orphelins plus chanceux ont au moins une grand-mère pour s’occuper d’eux, et plus d’une de ces grand-mères devient ainsi une héroïne clandestine de ce pays meurtri par la misère, la faim et la détresse. Beaucoup de ces enfants sont encore trop petits pour se souvenir de leurs parents, mais assez grands pour ressentir la perte. Et leur grand-mère ne peut non seulement leur donner l’amour, la sollicitude et la sécurité dont ils ont besoin, mais elle peut aussi leur parler de leurs parents et répondre à leurs questions.

Barbara Makalisa est l’une de ces héroïnes clandestines. Tous ses cinq enfants sont décédés. Maintenant, elle s’occupe de ses trente petits-enfants. Malgré sa tâche difficile, elle n’arrête pas de sourire, et elle ne se plaint jamais. Elle dit : « Dieu m’a donné mes enfants et Il me les a repris. Mais comme Il m’a donné assez de force, je peux maintenant m’occuper des autres. » Elle a même assez de force pour s’occuper de personnes qui ne font pas partie de sa famille. Personne ne part de chez elle sans qu’elle ne lui ait apporté un soutien, et, dans la paroisse, on peut également compter sur son aide silencieuse et efficace. Le Père Martin Schupp, administrateur apostolique de l’archidiocèse de Bulawayo, connaît bien Mme Makalisa et beaucoup d’autres personnes qui font comme elle. Il dit : « Ces personnes se dépassent elles-mêmes. La foi et leur rencontre personnelle avec Jésus-Christ leur donnent cette force. Ces personnes-là peuvent nous servir d’exemple. » Un autre prêtre ajoute : « La nation devrait témoigner sa reconnaissance aux grands-parents qui ont sans hésiter ouvert leurs portes à ces enfants. »

Même dans les pays plus riches, il n’est pas facile de nourrir un grand nombre d’enfants. Au Zimbabwe cependant, où cela fait des mois que les rayons des magasins sont vides, il s’agit d’une grande aventure qui requiert une solide confiance en Dieu. Même dans les supermarchés « mieux équipés », les seules choses que l’on puisse acheter, ce sont des chenilles sèches ainsi que du Coca-Cola, qu’ils vendent à des prix exubérants aux rares personnes qui peuvent se le permettre. Dans d’autres magasins, il n’y a plus rien. La poudre de lait est inabordable pour la plus grande partie de la population et cela fait longtemps qu’il n’y a plus de lait ou de pain frais. Le salaire moyen est de trois dollars américains par mois – à condition qu’on ait un emploi, puisque le chômage s’élève à quatre-vingts pour cent. Une inflation galopante de cent mille pour cent et un taux de personnes atteintes du VIH/sida de trente pour cent en font encore davantage.

L’Église s’efforce d’être aux côtés de la population. Elle s’occupe par exemple de la petite Violetta. La petite fille a trois ans. Pour l’instant, elle a encore sa mère, mais la jeune femme est infectée par le VIH – tout comme sa petite fille. Pendant longtemps, il n’y avait personne pour s’occuper de Violetta lorsque, pendant la journée, la mère vend les quelques légumes qu’elle cultive dans son jardin. Une petite fille sans surveillance cependant peut vite devenir victime d’un abus sexuel ou courir d’autres dangers. C’est pourquoi, à l’heure actuelle, la petite va dans une école maternelle ecclésiastique. Ainsi, sa mère ne doit plus se faire du souci pour l’enfant pendant la journée.

L’Église s’occupe aussi d’autres orphelins qui n’ont plus de famille, ainsi que d’enfants qui ont été rejetés par leur famille. Certains enfants ont encore de la famille, mais parfois, il arrive qu’après la mort de leurs parents, leurs oncles et tantes s’emparent de toute la propriété. Dans ce contexte, l’Église veille à faire régner la justice et protège les orphelins contre l’exploitation en faisant appel à des avocats pour qu’ils gardent ce que les enfants ont hérité de leurs parents jusqu’à leur majorité, de manière à ce que personne ne puisse le leur prendre.

Les monitrices qui donnent un nouveau chez-soi à ces enfants sont confrontées aux mêmes défis que toutes les autres personnes au Zimbabwe – et elles aussi sont des héroïnes clandestines, tout comme les prêtres, les religieux et les catéchistes qui, malgré toutes les difficultés, s’efforcent pour que le Christ prenne toujours à nouveau forme dans la vie des gens. L’œuvre internationale Aide à l’Église en Détresse soutient l’Église du Zimbabwe dans la réalisation de son service pastoral et caritatif, pour que ces « héroïnes clandestines » du pays aient non seulement leur amour à offrir, mais aussi des moyens matériels nécessaires pour pouvoir aider d’autres personnes à survivre physiquement et psychiquement. Pendant un certain temps, le Zimbabwe a figuré au centre de l’attention de l’opinion mondiale. Maintenant que les caméras ont disparu et que les médias se sont tournés vers d’autres sujets, ce sont ces héros clandestins qui, en cachette, donnent de l’espérance pour un avenir meilleur.

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