Neuf prêtres tués ces trois derniers mois !

Germain Muniz Garcia, Ivan Anorve Jaimes, Mark Ventura, Juan Miguerl Contreras Garcia, Ruben Alcantara Diaz, Moiseés Fabila Reyes, Étienne Sengiyumva, Joseph Gor, Felix Tyolaha… Difficile de prononcer tous ces noms, comme les perles d’un vieux chapelet qui ont de la peine à filer entre nos doigts… Ce sont les noms de neuf prêtres tués depuis le début de l’année. Cinq au Mexique, deux au Nigeria, un en République Démocratique du Congo et un aux Philippines.

par Corinne Zaugg*


Le Père Garcia et le Père Jaimes rentraient le soir dans leur pick-up, après avoir célébré la « Candelora ». Des projectiles les ont arrêtés net ! Ils avaient 39 et 37 ans… Le Père Moiseés, 84 ans, a été enlevé le 3 avril. Son corps sans vie a été retrouvé il y a quelques jours, alors que la rançon venait d’être payée… Quelques jours plus tard, c’est au tour du Père Ruben d’être abattu, puis dimanche dernier du Père Juan Miguel, alors qu’il finissait de célébrer la messe. Cinq prêtres assassinés en moins de trois mois au Mexique ! 23 au cours des dix dernières années. Ce pays est désormais le plus dangereux au monde pour les prêtres.

Mais ce n’est pas le seul pays concerné. Au Nigeria, deux prêtres ont été tués le 25 avril, avec 16 fidèles, dans une attaque à main armée contre une église villageoise. Au Nord Kivu (RDC), une région en proie à une guerre entre factions rivales, le Père Étienne a été abattu d’un coup à la tête. Quant à don Mark Ventura, engagé pour la protection des terres paysannes aux Philippines, il venait de terminer la messe lorsqu’il a été assassiné.

Ces prêtres ont été tués pour diverses raisons, liées aux circonstances et à l’histoire des pays où ils ont trouvé la mort. Mais on peut trouver une explication commune à ces faits tragiques, comme l’a dit le Pape François à Ste-Marthe le 12 avril dernier : « Aujourd’hui, les chrétiens sont davantage persécutés, égorgés, pendus - en Afrique et au Moyen-Orient - que dans les premiers siècles », car « leur témoignage dérange » un monde qui « veut tout résoudre avec l’argent ».

Ces neuf prêtres dérangeaient : les narcotrafiquants, les mercenaires des guerres oubliées, ceux qui volent les terres des paysans. Ils dérangeaient, comme dérange une petite pierre dans une chaussure ou un grain de poussière dans un engrenage. Leurs mains nues devenaient insupportables, leur langage direct, leur regard pur. Les chants qui s’élèvent des églises du Nigeria dérangent eux aussi, et aller à la messe implique de risquer sa vie. Mais pour ces chrétiens une vie sans messe, sans l’espérance de la transcendance, n’est pas une vie !

Ces neuf prêtres dérangeaient tellement qu’on a décidé de les faire taire ; une mission bien facile pour ceux qui ont la guerre pour métier… Mais une mission bien inutile, et là réside la grande espérance : les chants continueront de s’élever tous les dimanches dans les petits villages du Nigeria et dans les grandes villes du Mexique, et des marées humaines continueront de parcourir les routes poussiéreuses de RDC, portant leurs propres chaises pour se rendre à la messe. Tout comme aux Philippines des personnes continueront de cultiver et d’aimer immensément la terre, cette « maison commune » qui nous rend tous frères.

(* de l’Aide à l’Église en Détresse - article paru dans le quotidien Giornale del Popolo le 2 mai 2018)

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